Eymerich nourrissait une aversion innée pour les rassemblements de populace. À ses yeux, tant de gens réunis finissaient par former une sorte de monstre collectif, obéissant à des impulsions irrationnelles qui s’imposaient à chacun de ses membres et en annulaient la volonté autonome. Naturellement, la situation devenait très différente si la masse était dominée par un esprit lucide et déterminé. Lui-même avait manipulé à maintes reprises des groupes d’individus, dans un but ignoré de la plupart d’entre eux mais tout à fait clair à ses yeux. Mais, gare si le troupeau était privé d’intelligence. Il s’en créait alors une propre, barbare et imprévisible. Ce fut donc avec les sourcils froncés et les yeux méfiants que, une fois sorti du donjon et pris la direction de la tour de la Splendeur, il dévisagea les villageois regroupés dans la cour, sous l’oeil d’une poignée de soldats sarrasins. Le ciel de plomb, qui conférait aux figures les plus innocentes des traits rudes et défaits, contribua à alimenter son hostilité. Il marcha tout droit sur le personnage à l’habit ecclésiastique comme s’il voulait le bousculer avec violence.

Chapitre V Meurtres rituels

Le Château d’EymerichValerio Evangelisti