5 janvier 1993

À mes côtés, Janick pointe le petit bout de son nez hors du drap douteux où nous avons dormi. Plus bas, émergeant d’un pli, ses rondes fesses roses me disent combien elles ont aimé nos assauts répétés. Pluie intérieure, tristesse infinie qui me submerge, lassitude solitaire et vaine. Depuis quelques mois, un effritement moral ronge mon esprit. Désabusé, recuit dans mes fantasmes de chair mille fois assouvis, tout me porte à redouter ma fin prochaine. Hier, au cimetière de Nolette, j’ai découvert un indice alarmant. Dans le livre d’or que l’armée anglaise a fixé à une chaînette sur le mur d’enceinte, à l’abri d’un coffret en chêne verni de six centimètres d’épaisseur, j’ai remarqué une signature qui a éveillé mes soupçons, celle d’un nommé My Lan Vong. Ce n’est pas fréquent de voir un natif de Taïwan se rendre au fin fond de la Picardie, dans un hameau paumé de la baie de Somme, pour déposer son nom dans un livre d’or. Je sais qu’il n’est pas commun non plus de rencontrer en France un lieu funéraire où cinq cents Chinois sont enterrés, morts de la guerre ou de ses suites de 1917 à 1919. La coïncidence m’a paru significative. Un jour, quelqu’un retrouvera ma trace et me tuera.

Premières lignes de la nouvelle Le pénis d’ivoire dans son étui de cuir noir

L’homme qui s’arrêtaPhilippe Curval