— Je suis effectivement gêné de vous déranger, votre Sainteté. Si je réclame un peu de votre temps, c’est pour vous soumettre, en compagnie du père Corona, mon assistant, deux événements d’une extrême gravité qui exigent la clairvoyance et la clarté de jugement dont vous seul êtes dépositaire.

— Nous imaginons que l’un des deux concerne l’hérésie de Raymond Lulle, dit Grégoire en souriant. Rassurez-vous. Nous avons chargé notre cher évêque d’Ostie, Pierre d’Estany, de réunir vingt maîtres de théologie reconnus pour étudier les ouvrages lulliens. La commission est sur le point de clore ses travaux, et ils semblent vous donner raison. Une bulle papale suivra rapidement.

Eymerich fit une courte révérence.

— Je vous suis profondément reconnaissant. Mais il y a un autre problème qui…

Le pape l’interrompit.

— Vous nous en parlerez plus tard, père Nicolas. Nous voulons d’abord vous entretenir d’une histoire qui nous obsède et que seul un inquisiteur expérimenté pourra résoudre.

— Je vous écoute, saint père.

— Nous avons rencontré un individu effrayant, nous ne savons pas encore s’il est humain ou diabolique. Une abomination qu’il nous est impossible d’atteindre à cause de son rang.

— De qui s’agit-il ? demanda Eymerich, étonné.

— De Francesc Roma, conseiller de votre roi. Un monstre à visage humain. Possédé, voire démon incarné. L’être le plus dangereux qui se soit jamais trouvé devant nous.

 

Eymerich ressuscité Valerio Evangelisti