[ REPLAY ] LA GRANDE LIBRAIRIE – Alain Damasio, Wendy Delorme, Riad Sattouf et Victor Dixen

5 Déc 2022 | Actus

Augustin Trapenard accueillait le mercredi 30 novembre Alain Damasio, dont les romans de science-fiction et de fantasy caracolent en tête des ventes depuis son deuxième livre, « La Horde du Contrevent », paru en 2004. Riad Sattouf, lui, publie « L’Arabe du futur 6 », chez Allary Éditions. Ce sixième tome de sa BD autobiographique est consacré à ses années d’adolescence, de 1994 à 2011. À leurs côtés, Victor Dixen, auteur de livres pour la jeunesse parmi lesquels les séries « Vampyria » et « Phobos », parus chez Robert Laffont. Wendy Delorme, quant à elle, évoque notamment son roman dystopique « Viendra le temps du feu », aux Editions Cambourakis. Extraits.

A. T. : Ce qui me fascine dans le texte [Viendra le temps du feu] qu’a lu Wendy Delorme en l’occurence, c’est ce que vous dites sur la mémoire et sur l’écriture. Sur le fait que l’écriture est une manière de transmettre de la mémoire, de lutter contre l’oubli. Pourquoi faut-il lutter contre l’oubli ?

W.D. : Alors, Ève a une enfant et tout le long du récit, Ève se demande si elle va transmettre à sa fille là d’où elle vient : les chants, les récits, la mémoire des communautés de résistants et de résistantes; et elle se dit : « Si je lui transmets cette histoire, d’un monde de résistance qui n’est plus parce qu’il a été détruit, si je transmets la mémoire de ce qui a résisté, elle va être comme moi déchirée par le fait que ce monde n’existe plus. Et tout le long du récit, ça va raccord avec cet acte de transmission.

A. T. : Qu’est-ce que vous nous dites là sur notre société et sur l’oubli. Diriez-vous qu’il est favorisé ou encouragé ?

W. D. : J’écoutais récemment une émission qui parlait de Léon Blum et de ce qui lui est arrivé quand le gouvernement de Pétain est arrivé en France. Il y a plein d’éléments politiques et économiques qui ressemblent à ce que nous vivons actuellement avec la montée de l’extrême droite en Europe. Il faut réécouter l’histoire, la réentendre, la transmettre parce que ça permet de mieux comprendre ce qu’il se passe, pour prévenir les dangers à venir. L’histoire n’a jamais été autant accessible qu’aujourd’hui à travers le Web, les podcasts, et en même temps puisqu’elle est accessible, c’est comme si elle n’avait pas de valeur.

A. T. : De quoi faut-il alors impérativement se souvenir aujourd’hui ?

A. D. : Eh oui, quel est l’inoubliable aujourd’hui. C’est marrant parce que je lisais un texte très beau d’Olivier Cheval qui s’appelle Lettres sur la peste aux éditions LundiMatin. C’est un très beau texte qui parle de l’inoubliable et qui dit, notre rôle aujourd’hui, c’est d’être témoin d’un tournant d’époque, on a un tournant d’époque où avant, on savait ce que c’était vivre dans un café et se rencontrer, on savait ce que c’était d’arpenter une ville sans GPS, on savait ce qu’était qu’un monde sans notif’s, dans sollicitation et il dit, peut-être qu’on a juste à être témoin de ce tournant là, de cet inoubliable là.

W. D. : Et puis paradoxalement la science-fiction c’est l’endroit où peut se transmettre la mémoire des luttes passées. Je pense à Sabrina Calvo et à son roman Melmoth furieux, qui est aussi publié chez La Volte et qui raconte de manière transposée l’histoire de la Commune de Paris. Et même si on n’a pas la mémoire exacte de ce qu’à été la Commune de Paris, en lisant ce livre de science-fiction, la mémoire se transmet.

V.D. : Ce que tu disais tout à l’heure sur un certain devoir de mémoire, de devoir dire les histoire pour s’en souvenir, il y a un adage bien connu qui dit ce qui ne se souviennent pas de leur Histoire sont condamnées de la revivre ». La science-fiction et la fantasy permettent d’avoir une approche critique et de questionner le passé. C’est ce que j’essaye dans Vampyria avec le XVIIe siècle dont on porte encore l’héritage, et qu’on se doit de questionner, puisque le prix à payer des crimes passés, nous le payons encore aujourd’hui. Cet héritage on peut le remettre en question en déboulonnant des statues, on l’a vu récemment. On peut aussi le remettre en question en s’attaquant à des figures tutélaires de notre histoire un peu statufiées de notre histoire en les bousculant par la fantasy et la science-fiction.

✍️« Toi, tu as le visage du printemps qui s’ignore et qui lève dans tes yeux. Toi, tu étais déjà debout. « 

👉Pour terminer l’émission, Alain Damasio nous propose la lecture d’un texte inédit, écrit pour l’occasion, droit dans les yeux.

Le texte complet est à retrouver ici :
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📺(Re)voir l’émission en intégralité sur france.tv : https://bit.ly/3ueFLDk

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1 Commentaire

  1. Extraordinaire, ce slam d’Alain Damasio, qui rappelle, un demi-siècle après, « La solitude » de Léo Ferré. C’est toujours l’isolement, mais l’étau s’est intériorisé.

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