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AU BAL DES ACTIFS

CoEve, 2051- Norbert Merjagnan

Interview de Norbert Merjagnan

Avr 26, 2017 | Demain le travail

Ta nouvelle, CoEve, se déroule en 2051 dans un environnement très proche du nôtre et pourtant, radicalement différent. Peux-tu nous en brosser un rapide tableau ?

Une vague de désemploi déferle sur nous dans les années 30. Le travail se dissocie de l’emploi devenu un mets rare, exclusif des métiers d’agencement (l’univers des manœuvriers, des facilitateurs, des agenceurs qui “opèrent” l’automatisation matérielle et numérique) et des métiers de création (inventer des expériences inédites, façonner de nouvelles simulations).

Dans le même temps, la coévaluation globale envahit notre quotidien. En 2051, elle est partout. Tout le monde se cote, cote sa rue, son bistrot, un moment particulier, ses chaussures, ses biotes (appendices bio-robotiques), ses voisins, ses émotions, ses découvertes, ses pensées et celles des autres. Des algorithmes qui nous connaissent intimement industrialisent cette co-évaluation généralisée ; il n’est plus nécessaire de coter manuellement, nos serviteurs numériques nous déchargent du geste. Une société transnationale, fondée par Dastan Akerlane, a capté cette nouvelle valeur. Elle ne nomme coÊve. 99% des gens sont équipés de sa technologie. Le coev, la matrice de cotation que coÊve diffuse, associe 4 “vertus” : compétence, performance, confiance, popularité. Le Musée du Travail implanté sur les quais de Seine à Paris a, par exemple, un coev de HCD5. Dastan Akerlane soutient que coÊve est l’aboutissement de 70 000 ans d’évolution où l’on est passé d’une multitude de coopérations autonomes de quelques dizaines d’individus à une coopération interagissante de 9 milliards d’humains. Le coev est la matrice simple et universelle de cette nouvelle étape d’évolution.

L’histoire décrit enfin l’épopée d’une femme : Vera Kamienka, l’inventrice de la monnaie à somme positive. C’est même là le vrai cœur de l’histoire. Mais je n’en dis rien. Il faudra lire la nouvelle.

Dans la société que tu imagines, le revenu universel est devenu une réalité. Pour le meilleur ?

Elle s’appelle la Ressource Universelle d’Existence : la RUE.

Ce n’est pas sans ironie si l’on se met à la place du protagoniste principal, Ganz Ore, qui est un “domicile mobile” (un SDF). Ganz vit dans la rue, en marge de tout, des coev (c’est un “incotable”), de la RUE (qu’il verse pour payer les soins de sa fille malade) et pourtant, il possède une activité : il vend des titres à la petite semaine, des actions à 1 ou 2 euros. Et au fond, moins radicalement sans doute, tout le monde fait comme lui : mener des activités plus ou moins autonomes, des plus évidentes (socialiser les robots) aux plus loufoques (élever des lombrics). L’activité, qui a remplacé l’emploi pour 80% des gens, est enfin sortie d’un tunnel long de 250 ans d’industrialisation et de massification ; elle redevient indépendante, singulière, diverse, surprenante. Ce qui permet cette réjuvénation des activités humaines, c’est la RUE.

Le revenu universel est une évidence à rebours. Il deviendra une évidence dans la société qui en aura fait le choix.

C’est aussi une société où le travail s’organise désormais en Fab Lab, en communs, en espaces de co-working. L’Entreprise a donc fait son temps ?

L’entreprise, au sens de la société anonyme dotée d’une personnalité juridique (mais quelle puissance de fiction nous avons !) subsiste dans les grandes tailles : ce sont les transnationales, parmi lesquelles coÊve ou toTem – une entreprise qui valorise les informations intimes sensibles, les IIS. Là où subsiste un fort besoin de capital concentré, en particulier pour se doter des moyens de diffuser à l’échelle mondiale un produit ou un service standardisé. Les gens restent suiveurs, en 2051 comme aujourd’hui. Ils aiment les fléchages. Et le fléchage à grande échelle coûte cher, plus que l’investissement. On a donc des géants, ou plutôt des titans économiques, dont la valorisation boursière dépasse allègrement les PIB des plus grands États.

Et on a les humains. Après le désemploi des années 30, une autre forme de coopération se développe. La plupart des gens ne quête plus d’offres d’emploi ; totalement vain.  Alors ils ré-inventent. Les réseaux et les coev ont favorisé une coopération horizontale dont les unités de base prennent à peu près toutes les formes. L’une des formes populaires, c’est le commun : un espace de vie, d’échange, d’activités, fondé sur la mise en commun de quelques chose d’important. Il existe toutes sortes de communs, selon ce qu’on aime partager ou pas : les technos, les outils, les lieux, la mobilité, les connaissances… et bien entendu, selon des schèmes culturels, des usages, des modes d’éducation. Dans l’histoire, on traverse notamment le commun de l’Indus, feu la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Au final, le grand héros de coÊve c’est, comme le titre l’indique, le coÊve ! Un mix entre nos réseaux sociaux actuels et les techniques de profilage des entreprises. La quantification de l’humain est donc sans fin ?

Mais notre cerveau quantifie tout ! En permanence… Quand nous évaluons une distance d’un regard, nous quantifions. Quand nous mangeons, notre corps quantifie l’apport énergétique et nous envoie les premiers messages de satiété lorsque la jauge est atteinte. Quand nous tombons en amour, notre corps se bourre d’hormones – quantifiables – qui nous maintiennent dans cet état. La mémoire, avec ses chemins réempruntés et ses chemins oubliés, est un paysage d’associations dont la prégnance ou la rareté est une autre forme de quantification. Notre expérience sensorielle est, en soi, une énorme fabrique de quantifications. La pensée duale qui oppose une quantité à une qualité est à mes yeux un piège. Si nous avons besoin de “qualités”, c’est qu’il n’y aura jamais assez de mots pour distinguer, pour exprimer toutes les quantités existantes. Et c’est là que se situe la vraie question : quels outils de langage, d’échange, donc quels outils sociaux utilisons-nous pour exprimer ces quantités qui nous composent ?

La technologie de coÊve est un outil comme un autre : c’est une prothèse qui imite et amplifie une fonction naturelle. Un coev est une matrice d’appréciation relativement simple (4 “vertus”, une de moins que les 5 doigts de la main). Ces 4 symboles peuvent être compris par un jeune enfant où qu’il se trouve sur la planète. En clair, elle est faite pour être diffusable et utilisable dans toutes les cultures, dans tous les pays. Surtout, un coev n’est pas le résultat de l’appréciation d’une seule personne : c’est une cotation sociale, la moyenne de toutes les cotations données à une chose, à un lieu ou à un individu. Et là est sa valeur. Tu peux continuer à te fonder sur ton appréciation intime mais tu as à ta disposition la moyenne des appréciations que des dizaines, des centaines, voire de millions de gens, ont eues en faisant une expérience similaire à la tienne. C’est une mesure sociale continuelle, l’inverse exact de l’expérience du pionnier qui, découvrant un univers inexploré, doit s’en remettre à ses seules ressources physiques et mentales. D’ailleurs, en 2051 (et déjà aujourd’hui !), toute découverte est partagée si vite que le temps manque au découvreur pour digérer intimement sa propre expérience.

Je ne crois pas utile de crier au loup ! Les humains se sont toujours emparés de leurs outils. Il y a bien des façons de vivre avec des coev : les nourrir, les moquer, les répandre, les oublier… Mais pas les ignorer ! Car toute l’économie se fonde sur l’échelle de valorisation de coÊve. Les prix dépendent des coev. Voilà un écueil certain ! Et c’est cet écueil que Vera Kamienka va chercher à contourner, en explorant une autre voie…

Enfin, ton protagoniste, Ganz Ore, est un trader SDF, un déclassé : il n’a pas réussi – ou plutôt, il n’a pas le goût – de s’adapter à ce que le monde de 2051 attend de lui. Son estime de soi en prend un sacré coup. En même temps, il est vu par certains comme une légende. Tu veux commenter ?

Ganz Ore est un SDF trader. Il cumule ces deux états qui sont aujourd’hui deux statuts sociaux à l’opposé l’un de l’autre : celui qui est dépourvu du strict nécessaire et celui qui possède tous les superflus. C’est une sorte d’oxymore personnifié.
À la fin de l’histoire, on découvre effectivement qu’il est, pour une communauté un peu particulière, (des marginaux volontaires), une sorte de légende. Ganz est un incotable, un KKK0 – car dans cette société, même un incotable reçoit une cote ! Ce qui l’amène, par exemple, à devoir tout payer au prix fort. La liberté est coûteuse…

Ganz est l’idéaltype du mec qui a parfaitement compris l’évolution de la société. Il est capable de la théoriser. Il est doué, il connaît les codes – il a travaillé dans le négoce du pétrole – mais qui, pour des raisons qui lui échappent et alors qu’il n’est plus tout jeune, ne parvient définitivement pas à se mouler, à se fondre dans cette société. Il reste fondamentalement indivis, incapable de se diviser, incapable de s’associer durablement au monde créé par les humains. Il lui manque quelque chose. On devine quoi à la fin de l’histoire… enfin… peut-être !

Pour conclure : un message que tu voudrais faire passer à tes lecteurs, et aux lecteurs du recueil ?

Je me sens fier, collectivement fier, du recueil Au bal des actifs et des auteurs qui ont pris part à l’aventure. Je te remercie d’ailleurs de nous y avoir embarqués ! Chaque histoire apporte sa pierre. Il y a des pierres sombres, dures, denses, d’autres veinées de couleurs ou plus cristallines. Quel ouvrage cela construit-il ? Au lecteur de faire ses propres assemblages.

Notre temps chante l’accélération continuelle. Se poser et lire des récits de SF, c’est se donner le temps et l’espace de regarder les voies, plus ou moins visibles, qui se déploient tout autour de nous. Autant la société suivra son propre chemin, autant il nous reste cette liberté magnifique de distinguer le nôtre. Il passera parfois par des brèches. Et si je devais “qualifier” mon propre travail, lui donner un nom, ce serait ça : trouver des brèches.

Vera Kamienka a aujourd’hui 17 ans. Mon histoire lui est dédiée.

 

– Propos recueillis par Anne Adam

Ta nouvelle, CoEve, se déroule en 2051 dans un environnement très proche du nôtre et pourtant, radicalement différent. Peux-tu nous en brosser un rapide tableau ?

Une vague de désemploi déferle sur nous dans les années 30. Le travail se dissocie de l’emploi devenu un mets rare, exclusif des métiers d’agencement (l’univers des manœuvriers, des facilitateurs, des agenceurs qui “opèrent” l’automatisation matérielle et numérique) et des métiers de création (inventer des expériences inédites, façonner de nouvelles simulations).

Dans le même temps, la coévaluation globale envahit notre quotidien. En 2051, elle est partout. Tout le monde se cote, cote sa rue, son bistrot, un moment particulier, ses chaussures, ses biotes (appendices bio-robotiques), ses voisins, ses émotions, ses découvertes, ses pensées et celles des autres. Des algorithmes qui nous connaissent intimement industrialisent cette co-évaluation généralisée ; il n’est plus nécessaire de coter manuellement, nos serviteurs numériques nous déchargent du geste. Une société transnationale, fondée par Dastan Akerlane, a capté cette nouvelle valeur. Elle ne nomme coÊve. 99% des gens sont équipés de sa technologie. Le coev, la matrice de cotation que coÊve diffuse, associe 4 “vertus” : compétence, performance, confiance, popularité. Le Musée du Travail implanté sur les quais de Seine à Paris a, par exemple, un coev de HCD5. Dastan Akerlane soutient que coÊve est l’aboutissement de 70 000 ans d’évolution où l’on est passé d’une multitude de coopérations autonomes de quelques dizaines d’individus à une coopération interagissante de 9 milliards d’humains. Le coev est la matrice simple et universelle de cette nouvelle étape d’évolution.

L’histoire décrit enfin l’épopée d’une femme : Vera Kamienka, l’inventrice de la monnaie à somme positive. C’est même là le vrai cœur de l’histoire. Mais je n’en dis rien. Il faudra lire la nouvelle.

Dans la société que tu imagines, le revenu universel est devenu une réalité. Pour le meilleur ?

Elle s’appelle la Ressource Universelle d’Existence : la RUE.

Ce n’est pas sans ironie si l’on se met à la place du protagoniste principal, Ganz Ore, qui est un “domicile mobile” (un SDF). Ganz vit dans la rue, en marge de tout, des coev (c’est un “incotable”), de la RUE (qu’il verse pour payer les soins de sa fille malade) et pourtant, il possède une activité : il vend des titres à la petite semaine, des actions à 1 ou 2 euros. Et au fond, moins radicalement sans doute, tout le monde fait comme lui : mener des activités plus ou moins autonomes, des plus évidentes (socialiser les robots) aux plus loufoques (élever des lombrics). L’activité, qui a remplacé l’emploi pour 80% des gens, est enfin sortie d’un tunnel long de 250 ans d’industrialisation et de massification ; elle redevient indépendante, singulière, diverse, surprenante. Ce qui permet cette réjuvénation des activités humaines, c’est la RUE.

Le revenu universel est une évidence à rebours. Il deviendra une évidence dans la société qui en aura fait le choix.

C’est aussi une société où le travail s’organise désormais en Fab Lab, en communs, en espaces de co-working. L’Entreprise a donc fait son temps ?

L’entreprise, au sens de la société anonyme dotée d’une personnalité juridique (mais quelle puissance de fiction nous avons !) subsiste dans les grandes tailles : ce sont les transnationales, parmi lesquelles coÊve ou toTem – une entreprise qui valorise les informations intimes sensibles, les IIS. Là où subsiste un fort besoin de capital concentré, en particulier pour se doter des moyens de diffuser à l’échelle mondiale un produit ou un service standardisé. Les gens restent suiveurs, en 2051 comme aujourd’hui. Ils aiment les fléchages. Et le fléchage à grande échelle coûte cher, plus que l’investissement. On a donc des géants, ou plutôt des titans économiques, dont la valorisation boursière dépasse allègrement les PIB des plus grands États.

Et on a les humains. Après le désemploi des années 30, une autre forme de coopération se développe. La plupart des gens ne quête plus d’offres d’emploi ; totalement vain.  Alors ils ré-inventent. Les réseaux et les coev ont favorisé une coopération horizontale dont les unités de base prennent à peu près toutes les formes. L’une des formes populaires, c’est le commun : un espace de vie, d’échange, d’activités, fondé sur la mise en commun de quelques chose d’important. Il existe toutes sortes de communs, selon ce qu’on aime partager ou pas : les technos, les outils, les lieux, la mobilité, les connaissances… et bien entendu, selon des schèmes culturels, des usages, des modes d’éducation. Dans l’histoire, on traverse notamment le commun de l’Indus, feu la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Au final, le grand héros de coÊve c’est, comme le titre l’indique, le coÊve ! Un mix entre nos réseaux sociaux actuels et les techniques de profilage des entreprises. La quantification de l’humain est donc sans fin ?

Mais notre cerveau quantifie tout ! En permanence… Quand nous évaluons une distance d’un regard, nous quantifions. Quand nous mangeons, notre corps quantifie l’apport énergétique et nous envoie les premiers messages de satiété lorsque la jauge est atteinte. Quand nous tombons en amour, notre corps se bourre d’hormones – quantifiables – qui nous maintiennent dans cet état. La mémoire, avec ses chemins réempruntés et ses chemins oubliés, est un paysage d’associations dont la prégnance ou la rareté est une autre forme de quantification. Notre expérience sensorielle est, en soi, une énorme fabrique de quantifications. La pensée duale qui oppose une quantité à une qualité est à mes yeux un piège. Si nous avons besoin de “qualités”, c’est qu’il n’y aura jamais assez de mots pour distinguer, pour exprimer toutes les quantités existantes. Et c’est là que se situe la vraie question : quels outils de langage, d’échange, donc quels outils sociaux utilisons-nous pour exprimer ces quantités qui nous composent ?

La technologie de coÊve est un outil comme un autre : c’est une prothèse qui imite et amplifie une fonction naturelle. Un coev est une matrice d’appréciation relativement simple (4 “vertus”, une de moins que les 5 doigts de la main). Ces 4 symboles peuvent être compris par un jeune enfant où qu’il se trouve sur la planète. En clair, elle est faite pour être diffusable et utilisable dans toutes les cultures, dans tous les pays. Surtout, un coev n’est pas le résultat de l’appréciation d’une seule personne : c’est une cotation sociale, la moyenne de toutes les cotations données à une chose, à un lieu ou à un individu. Et là est sa valeur. Tu peux continuer à te fonder sur ton appréciation intime mais tu as à ta disposition la moyenne des appréciations que des dizaines, des centaines, voire de millions de gens, ont eues en faisant une expérience similaire à la tienne. C’est une mesure sociale continuelle, l’inverse exact de l’expérience du pionnier qui, découvrant un univers inexploré, doit s’en remettre à ses seules ressources physiques et mentales. D’ailleurs, en 2051 (et déjà aujourd’hui !), toute découverte est partagée si vite que le temps manque au découvreur pour digérer intimement sa propre expérience.

Je ne crois pas utile de crier au loup ! Les humains se sont toujours emparés de leurs outils. Il y a bien des façons de vivre avec des coev : les nourrir, les moquer, les répandre, les oublier… Mais pas les ignorer ! Car toute l’économie se fonde sur l’échelle de valorisation de coÊve. Les prix dépendent des coev. Voilà un écueil certain ! Et c’est cet écueil que Vera Kamienka va chercher à contourner, en explorant une autre voie…

Enfin, ton protagoniste, Ganz Ore, est un trader SDF, un déclassé : il n’a pas réussi – ou plutôt, il n’a pas le goût – de s’adapter à ce que le monde de 2051 attend de lui. Son estime de soi en prend un sacré coup. En même temps, il est vu par certains comme une légende. Tu veux commenter ?

Ganz Ore est un SDF trader. Il cumule ces deux états qui sont aujourd’hui deux statuts sociaux à l’opposé l’un de l’autre : celui qui est dépourvu du strict nécessaire et celui qui possède tous les superflus. C’est une sorte d’oxymore personnifié.
À la fin de l’histoire, on découvre effectivement qu’il est, pour une communauté un peu particulière, (des marginaux volontaires), une sorte de légende. Ganz est un incotable, un KKK0 – car dans cette société, même un incotable reçoit une cote ! Ce qui l’amène, par exemple, à devoir tout payer au prix fort. La liberté est coûteuse…

Ganz est l’idéaltype du mec qui a parfaitement compris l’évolution de la société. Il est capable de la théoriser. Il est doué, il connaît les codes – il a travaillé dans le négoce du pétrole – mais qui, pour des raisons qui lui échappent et alors qu’il n’est plus tout jeune, ne parvient définitivement pas à se mouler, à se fondre dans cette société. Il reste fondamentalement indivis, incapable de se diviser, incapable de s’associer durablement au monde créé par les humains. Il lui manque quelque chose. On devine quoi à la fin de l’histoire… enfin… peut-être !

Pour conclure : un message que tu voudrais faire passer à tes lecteurs, et aux lecteurs du recueil ?

Je me sens fier, collectivement fier, du recueil Au bal des actifs et des auteurs qui ont pris part à l’aventure. Je te remercie d’ailleurs de nous y avoir embarqués ! Chaque histoire apporte sa pierre. Il y a des pierres sombres, dures, denses, d’autres veinées de couleurs ou plus cristallines. Quel ouvrage cela construit-il ? Au lecteur de faire ses propres assemblages.

Notre temps chante l’accélération continuelle. Se poser et lire des récits de SF, c’est se donner le temps et l’espace de regarder les voies, plus ou moins visibles, qui se déploient tout autour de nous. Autant la société suivra son propre chemin, autant il nous reste cette liberté magnifique de distinguer le nôtre. Il passera parfois par des brèches. Et si je devais “qualifier” mon propre travail, lui donner un nom, ce serait ça : trouver des brèches.

Vera Kamienka a aujourd’hui 17 ans. Mon histoire lui est dédiée.

 

– Propos recueillis par Anne Adam

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