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Melmoth Furieux : l’interview de Sabrina Calvo

30 Juin 2021 | Clameurs)) )

Melmoth furieux, le prochain roman de Sabrina Calvo, paraîtra le 2 septembre prochain ; l’occasion rêvée de poser quelques questions à son autrice sur les imaginaires qui ont nourri son livre…


Melmoth commence et se termine à Disney, dans les flammes et les feux d’artifice… Quelle place occupe Disney dans ta vie ?

J’ai toujours eu cette idée du martyre d’Eurodisney. Ça fait des années que je traîne ça, des décennies – une sorte de terreur, d’un truc à faire exister en dehors de moi pour réclamer une forme d’autonomie vis-à-vis de la société du spectacle. Disney a été pendant longtemps une obsession qui a avalé mon imaginaire – j’ai vécu les premières années d’Eurodisney in situ, j’y allais peut-être trois fois par an je crois.

J’ai même raté un entretien d’embauche pour le parc dans les années 90, j’étais bien trop folle. Ma vie aurait été très différente si j’avais accepté d’être une esclave du parc. Je me suis livrée tout entière à cette prison mentale, à laquelle j’ai essayé d’échapper toute ma vie. J’ai écris Minuscules Flocons de neige depuis dix minutes sur ce sujet, mais le solipsisme du texte, loin de me libérer, m’avait livrée à d’autres prisons. Quand j’ai entamé un travail plus profond sur moi, j’ai pu me défaire de ces personnages, de ces royaumes et ces envies de totalité, de perfection. Tout ce qui me reste aujourd’hui, ce sont des scènes de Cendrillon – une robe simple, cousue par des souris. Et une robe magique, sortie du Néant (je précise : je pense que les Souris font un bien meilleur boulot que la fée marraine).

D’aucuns disent que Melmoth a une vie parallèle bien réelle, entre les pages d’un journal militant de Belleville. Melmoth, c’est de l’art militant, alors ?

Un art militant, ce serait – pour moi – une pratique collective, qui se régénère pour épouser les contours des problématiques quotidiennes locales, qui posséderait ses propres moyens de production. J’en suis très loin – même si Melmoth est le fruit de quelques années sur le terrain, et qu’il participe, j’espère, à l’idée de construire un avenir désirable pour le quartier. On a créé un petit collectif de couturières autogérées ici, on va voir si cette forme s’adapte mieux au réel, à l’immédiat d’une urgence, d’un soin à l’autre dans le ralenti d’une saison.

Melmoth mêle la commune de Belleville, la croisade des enfants, le fantôme de François Villon : une convergence des voix et de l’Histoire dans une lutte commune ?

J’imagine que ce livre est une sorte de point de départ d’un possible futur queer, mais ça reste avant tout une projection fantasmatique, purement émotionnelle. Si j’ai beaucoup lu sur la Commune, je n’ai pas vraiment fait de recherches historiques, et je ne m’en suis quasiment pas servie. J’ai eu accès à de très nombreux documents, via le Jargon Libre d’Helyette Besse (qui apparaît dans le livre), mais je n’ai rien reconstitué. C’est au cours de mes maraudes, de mes rencontres, de ma participation dans plusieurs collectifs du quartier, que j’ai recréé ce paysage, à la fois mental et sensible. Comme pour la Commune de Montréal, je me suis contentée de me laisser vivre, de sentir tout, et de le traduire, patiemment, en fragments qui ont peu à peu pris sens. Ça a été dur. Parce qu’on est à un moment critique de nos luttes. Parce que c’est pas le moment de faire et de dire n’importe quoi. Et parce que pour la première fois, j’ai l’impression d’avoir fait le tour complet du manège.

Il paraît qu’IRL tu es couturière, comme l’héroïne du livre.
Melmoth, c’est une autofiction ?

L’intimité est à la base de mon travail. Je ne crois pas avoir jamais parlé d’autre chose, car je ne connais véritablement que ça. J’ai commencé à écrire sérieusement de la poésie pour trouver une consolation à mes galères de cœur et d’âme. Quand j’ai voulu me mettre à l’écriture de romans, je me suis intéressée de très près au Transréel, une sorte d’exploration de l’intime par la SF (ou le contraire). J’ai depuis toujours enlacé ma vie intérieure et mes livres, au-delà de la fiction – pour le meilleur et pour le pire, et parfois, oui, le pire 🙂 Là, je suis fatiguée.  Melmoth, c’est la dernière fois que j’écris de cette façon – je n’en peux plus de rester enfermée dans un livre trois ans, ça me tue – littéralement. Mais j’ai des solutions. Je ne suis pas couturière, pas vraiment. Ou alors oui, mais plutôt vers : je le deviens, plutôt que l’être là, tout de suite. J’ai amorcé un lent et long ré-apprentissage de la couture l’année dernière. Ma grand-mère, une grande couturière, m’a donné cet enseignement, c’est revenu très vite, et depuis j’expérimente avec ça. J’ai l’impression de trouver une souplesse d’intuition avec la matière, le tissu. Je parlais de cette scène de Cendrillon, quand les Souris créent une robe. Je pense que tout me menait à ça. Et tout dans Melmoth s’articule autour de ce désir-là, d’embrasser une poétique de la mode entre magie et vêtement. C’est au cœur du livre, en termes de processus artistique, mais aussi de propos : tout dans Melmoth est allégorie de mode. Et sa personnification, tourmentée, incarnée, c’est Villon.

Pour conclure : la BO de Melmoth, en quelques titres ?

All we ever wanted was everything de Bauhaus. The Sprawl, de Sonic Youth. La vie s’écoule de Binamé. Et le Fallin’ Love with des Rallizes Dénudés, bien sûr 🙂

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2 Commentaires

  1. Oh mais j’ai tellement hâte, chaque fil déroulé dans cette interview titille ma curiosité.

  2. Han ! Le 2 septembre ne m’a jamais paru aussi loin !

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