Les Furtifs // Erratum

28 novembre 2019

Nous voudrions signaler à tous les lecteurs des Furtifs une erreur d’attribution de citation, dans le roman, à la page 506 exactement. Alain Damasio y met en scène une rencontre clandestine en forêt où une femme développe sa vision de la furtivité en citant les pratiques marronnes.
 
Le passage s’inspire du livre de Jean-Baptiste Vidalou, Être forêts, auquel il rend hommage, sans prendre garde que la citation qu’il invoque est en réalité de Dénètem Touam Bona, qui nous l’a signalé. Nous renouvelons auprès de lui nos excuses et nous avons évidemment corrigé l’erreur et l’hommage dans la prochaine édition du roman.
 
Anthropologue franco-centrafricain, Dénètem Touam Bona est professeur de philosophie, collaborateur régulier de la revue Africultures et pour l’Institut du Tout-Monde (Paris) fondé par Édouard Glissant. Il a axé ses travaux de recherche sur le « marronnage » : les fuites et résistances des esclaves afro-descendants en Amérique. Il est notamment l’auteur de l’essai philosophique et littéraire, Fugitif, où cours-tu ? édité aux Presses Universitaires de France en 2016. 
Nous ne saurions mieux faire que de vous recommander son travail, qui est remarquable.
 
 Le passage du livre de Vidalou qui s’appuie sur Dénètem vaut qu’on le cite in extenso ici :
 
« Dénètem Touam Bona a écrit des choses importantes sur les formes de résistance inédites des esclaves marrons dans de larges régions du monde comme l’océan Indien, l’Amazonie, les Caraïbes, le sud des États-Unis. Contrairement à la figure du marronnage de clandestinité qui ne s’évade pas de la société esclavagiste mais tente de s’y intégrer en tant qu’individu libre (au moyen de contrefaçon de papiers officiels, de travestissement d’identités, etc.), le marronnage de sécession est une fuite collective qui se retire en forêt pour constituer une communauté dans un ”espace autre”, une hétérotopie, dira-t-on. Cet espace reste au contact de l’ennemi – razzias, traquenards, fuites et attaques éclairs, trocs, rapts de femmes, traités officiels. Il a besoin d’autant de points d’ancrage comme autant de points de vie. La sécession marronne est, en ce sens primordial, création d’un territoire. Avec la sécession marronne, la résistance au système esclavagiste (sabotages, suicides, poison, etc.) change de théâtre d’opérations. C’est une résistance “territoriale'” : elle fait corps avec un territoire labyrinthique dont les méandres et accidents constituent autant d’alliés naturels pour les rebelles. Le marron ne fuit pas, il s’esquive, se dérobe, s’évanouit ; et à travers son repli, il se métamorphose et se crée un “dehors” : le Quilombo, le Palenque, le Mocambo, le Kampu, le ‘pays en dehors’, le péyi an déyo… La machine marronne n’est une machine de guerre que dans la mesure où elle est une machine de disparition. Et la forêt constitue l’espace privilégié de cette disparition.
» Pour la sécession marronne, il s’agit donc de camoufler la communauté sous le couvert de la forêt. Une autre géographie, s’opposant radicalement à l’espace esclavagiste de la plantation, permet de trouver un abri parmi les ravins, les collines, les forêts humides et touffues, les marais, les mangroves. L’essentiel pour cette communauté fugitive de marrons est de demeurer furtive, en échappant tant aux regards qu’aux dispositifs de capture coloniaux. La forêt offre un refuge en même temps qu’elle constitue un lieu de vie privilégié. Le repli initial de la fuite collective se transformant en un “dé-pli”, une nouvelle forme de vie, une nouvelle culture. Les marrons des Guyanes se désignaient eux-mêmes comme les Bushinengués : les hommes de la forêt. Il est également révélateur que les termes bantous de Quilombos (sociétés d’initiation guerrière) et de Mocambos (cachettes) du Brésil signifient quelque chose de l’ordre d’une communauté de retrait collectif mais d’une communauté aussi prête à mener l’attaque. Les Palenques (piquets) en Amériques hispaniques figurent quant à eux les camps retranchés des marrons protégés par une palissade de pieux. »

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