Aujourd’hui, je ne sais pas ce que voient les autres. Les phares s’expriment, hein, bien sûr. Se copient souvent, se décodent et se décalquent. Ils jettent leur lueur personnelle. Express your moi, be yourself – comme tout le monde. Moi, j’ai arrêté d’émettre depuis longtemps. On me dit aigri. J’ai inscrit « Phare Niente » sur mon fronton. Avec un texte peint sur les quatre-vingts mètres de mon cylindre blanc, que j’efface et repeins de temps à autre. Qui dit quoi ? Que dans un monde où tout le monde croit devoir s’exprimer, il n’y a plus d’illumination possible. Rien ne peut être éclairé dans la luminance totale. Il faut beaucoup de silence pour entendre une note. Il faut beaucoup de nuit pour qu’un éclair puisse jaillir, pour qu’une couleur neuve soit perçue, soit reçue. Si j’en avais le pouvoir, j’émettrais aujourd’hui un trou noir. Quelque chose comme un cône d’extinction forant au ventre l’épaisseur du jour. Pour rouvrir l’espace. Ce qui me terrifie, ce n’est pas ce chaos de clartés qui brouille la ville comme une avalanche de soleils. C’est qu’il n’y ait plus nulle part une seule ombre. Tout est férocement surexposé. Mais rien n’est posé. Ni tranché.

So phare awayAlain Damasio