Entretien avec Alexander Dickow : Premier souper, Alain Damasio, et autres confidences…

20 Juin 2022 | Actus

L’auteur de l’inclassable Premier souper est invité ce jeudi 23 juin à la Librairie Charybde pour une rencontre et discussion en compagnie d’Alain Damasio. La Volte vous propose, en guise d’avant-goût, un entretien exclusif avec Alexander Dickow. Un retour sur le chemin parcouru, l’écriture, et les amitiés qui se tissent…

Votre rencontre avec Alain Damasio, comment cela s’est-il passé ?

J’ai lu La Horde du contrevent en 2011 ; je l’ai feuilleté en librairie et j’ai immédiatement constaté que c’était un livre pour moi rien qu’en jetant un œil aux premières pages. Deux ou trois ans plus tard, ayant trouvé par hasard l’email d’Alain, j’ai envoyé un message comme on envoie une bouteille à la mer et on a entamé une conversation.

J’ai mentionné avoir vu une traduction anglaise en cours : Alain m’a répondu qu’on n’avait jamais trouvé de traducteur. Je n’ai pas pu m’empêcher, je me suis proposé ! Je n’aurais peut-être pas fait cela, sans la sympathie immédiate qui s’était instaurée même par intermédiaire électronique. J’ai entamé la traduction de La Horde du contrevent vers 2014. En tout cas, il m’a fallu plusieurs années pour en venir à bout. Rien que le terme « furvent » a nécessité plusieurs heures de discussion, d’hypothèses, de tentatives différentes avant d’opter pour threshgale !

Comment est née cette amitié avec Alain ?

A travers les zooms et skypes en vue de la traduction, on est tous simplement devenus amis ; ses filles venaient me faire coucou lors des séances de traduction. La mère d’Alain a relu avec soin le manuscrit de la traduction, et a suggéré des possibilités souvent utiles, et elle m’a raconté comment l’intérêt pour Goldorak (il me semble que c’était ça) a mené Alain vers la Horde et les mondes de l’Imaginaire ! J’ai vu Alain à Paris, à Marseille… Au Salon du livre, auprès des Voltés vers 2018 ou 2019, j’y ai trouvé une franche camaraderie à la fois littéraire et humaine. En mars 2020, juste avant le premier confinement, Alain m’a mené dans les Calanques pour une randonnée avec la famille d’Alain et des amis. Les hauteurs m’ont un peu foutu les boules ! C’était un moment inoubliable ; ça me fait rire de repenser à ma maladresse dans « l’escalade » bien modeste de quelques pierres escarpées !

Qu’en est-il de l’écriture, hors de la traduction ?

Vers 2015, je me suis lancé dans l’écriture d’un récit, alors que je n’y avais pas touché depuis une vingtaine d’années (j’avais commencé un roman au collège, vers mes 12 ou 13 ans, mais me suis vite tourné vers la poésie). J’ai montré des bouts ici et là à Alain, qui était intrigué par le style, mais je ne crois pas qu’il m’ait influencé stylistiquement ; j’étais déjà sur un chemin d’écriture avant de le connaître. Mais certains conseils d’écriture me sont restés de nos discussions : l’idée, par exemple, qu’il faut penser le récit comme un accordéon, qui se condense ou s’étire tour à tour selon les besoins, et qu’il faut écrire en vue de ce qu’on désire raconter : viser les scènes qui font envie, les moments d’intensité, où l’écriture trouve son élan. Quand le roman commençait à être bouclé à peu près (non sans pas mal de faux départs), Alain a su me dire avec franchise mais aussi avec beaucoup de gentillesse les parties où le récit stagnait. Par moment, je me perdais dans le world-building, et sa lecture m’a permis de dépasser ce stade-là de la rédaction – même s’il reste un côté bestiaire dans Le Premier Souper.

Que dire du Premier souper ?

De nombreuses parties ont été coupées ou réécrites, mais les réécritures sont parfois les parties les plus réussies du roman, en partie à cause de l’épaisseur du world-building auquel je m’étais livré auparavant. Il y a ainsi une version entièrement rédigée du Chant de Lisaine évoqué à la fin de la troisième partie du roman : ça desservait le roman d’inclure ce poème dans son intégralité, mais ça me plaît que ça existe quand même, comme une sorte d’arrière-fond invisible aux événements du roman. Alain a donc été d’un conseil vraiment précieux dans mon apprentissage de la mécanique du roman ; il m’a permis d’éviter des écueils.

Qu’est-ce qui vous rapproche sur le plan de l’écriture ?

Le Premier souper est un objet étrange, et bien différent de La Horde ou des Furtifs, mais on partage un même goût de l’énorme et du démesuré en littérature, un goût du baroque, et bien sûr le souci du politique. Je n’ai pas les mêmes références philosophiques qu’Alain, comme Deleuze, Nietzsche ou Bergson, le vitalisme… Pour moi c’est plutôt Levinas, ou encore Montaigne ou Emerson ou Benjamin Fondane. Je suis parfois pessimiste sur la situation politique et sur l’impact que peut avoir l’engagement politique en littérature. Mais nous sommes animés d’un même espoir, au fond, de voir changer les choses.

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