Déconfinement

Publié le 22 mai 2020

Après deux mois singuliers, même pour ceux qui lisent de la science-fiction,  les livres reprennent le chemin des librairies et, espérons-le, des lecteurs.

Nous n’avons pas communiqué pendant ce temps, pour ne pas ajouter au boucan ambiant que ce soit les journaux de confinement,  les mises à disposition gracieuses de livres numériques, les appels aux lectrices et lecteurs, aux libraires, les tribunes sur l’édition, etc..

Je ne peux me défaire personnellement  de l’impression qu’il y a davantage d’émetteurs que de récepteurs (cela fait penser à SO PHARE AWAY d’Alain Damasio), que ces assauts de prises de paroles participent d’un besoin d’être vu à tout prix ; je comprends aussi que des écrivains, musiciens, comédiens notamment, ressentent le besoin d’exprimer leur art et de donner aux autres.

L’économie de l’attention (cf. notre cher Yves Citton) plus que l’économie, qui elle, était à l’arrêt dans bien des domaines dont la vente des livres.

Les libraires se sont mobilisés pour que les éditeurs ne les engloutissent pas en juin avec les livres non parus de mi-mars à mi-mai, il en va de l’intérêt de tous ; c’est pourquoi nous ne publions que deux livres, GALEUX en mai et en juin LES AGENTS SENTIMENTAUX DE L’EMPIRE VOLYEN, puis d’août à décembre 4 livres : en 2020, la Volte aura donc publié 7 livres – au lieu des 9 envisagés.

 

Que va-t-il se passer maintenant ?

De nombreux amis ont été révoltés par les mesures prises et non prises par le gouvernement (ou par le système qui l’inclut), ils souhaitent ne pas repartir comme avant. « Le Monde d’après » est déjà un slogan tout bien marketé, poli par les entreprises et les media pour créer de l’audience, mais OUI le moment est bien choisi pour faire autrement, que cela ne nous empêche pas d’essayer.

Cela signifie à notre échelle personnelle, se rapprocher un peu plus de nos valeurs, comme consommer moins, mieux, polluer moins, plus partager, ralentir ; cela signifie pour la maison d’édition, poursuivre notre ligne éditoriale qui donne la parole à des écrivaines et écrivains qui ouvrent les esprits (et fend les têtes ?), tenir compte encore plus des questions de rapports de domination, mais aussi polluer moins, être plus écologique sur les plans matériel et symbolique (cf. http://ecologiedulivre.org/).

Cela implique pour nous de participer également aux discussions interprofessionnelles en faveur d’une chaîne du livre plus vertueuse. Les tribunes de libraires parues ici et là, ont le mérite d’appeler à réagir, et à imaginer d’autres approches. Nous n’avons signé néanmoins aucun texte parce que d’après nous certains éléments ne tenaient pas debout, que ce soit l’invocation d’une diminution de la (sur)production de livres, ou des propositions inapplicables, voire dérisoires. Ce qui nous est apparu clairement c’est que dans le terme même d’éditeurs, on ne perçoit pas les différences entre les profils, que cela manque de critères pour décrire les convergences, bref cela ne permet pas d’appréhender cet ensemble ô combien disparate. Les libraires eux-mêmes ne semblent pas toujours comprendre les structures économiques des éditeurs. Et si le SNE (Syndicat National de l’Edition), n’a pas su exprimer les graves problèmes que rencontrent les éditeurs de petite taille, c’est certainement parce qu’il lui manque cette perception fine et par conséquent cette représentativité au niveau de son organisation.

 

Les librairies rouvrent, les discussions vont se poursuivre pour repenser la chaîne du livre, on peut souhaiter que désormais lectrices et lecteurs, libraires aussi et tous les médiateurs du livre, soient conscients des enjeux qui émergent, et se penchent davantage sur les modes de production des maisons d’édition. Cela incitera ces dernières à revoir plus volontiers leurs  pratiques, en cohérence avec un monde plus sobre, plus attentif à l’autre, et moins bruyant ?

 

Place aux œuvres maintenant et à leur lecture, pendant que nous poursuivons nos efforts pour ne pas repartir comme avant.

 

Mathias

3 Commentaires

  1. Merci Mathias.
    On aimerait bien, en effet, que tout le monde se calme un peu et fasse des choix un peu plus courageux.
    Bisou !

  2. Bien, bien…
    La demande de moins de production est précaire, hors analyse globale de la chaîne et de l’économie du livre, hors précision sur la nature et la taille des éditeurs qui devraient produire moins, et hors explication de ce que c’est que produire moins. On peut être d’accord là-dessus; mais elle peut être le point de départ d’une réflexion, jusqu’à présent impossible, sur les maillons de ladite chaîne du livre, et d’une régulation qui commencerait à la création et au droit d’auteur et se terminerait à l’éducation à la lecture. En passant par… tout le reste.

    En gros, il faut bien commencer par quelque chose, ou rien ne commencera, jamais. Et, dans l’échelle du parasitisme, la désorganisation totale de la production tient le haut du pavé. L’alternative étant un plan global. On y travaille.

  3. Pour commencer, je propose qu’il n’y ait pas de Rentrée littéraire, ni de Prix littéraires cette année. 🙂 (Dehors les Goncourt, Renaudot et consorts !)
    Je crois que les éditeurs, malheureusement vivent dans un autre monde. Certains se sont sans doute retirés dans leurs résidences secondaires pendant le confinement sans rester connecté au réel : petite parenthèse champêtre, on s’arrête et on recommence comme avant.
    Car c’est bien ce qui se profile, la plupart des éditeurs n’ont pas envie de réinventer quoi que ce soit : ils veulent vendre (tous) leurs livres comme s’il ne s’était rien passé cette année. Seulement, il va y avoir embouteillage dans les librairies. C’est déjà le cas, et ce sera encore pire en septembre/octobre.
    Alors merci aux “petits” éditeurs de le comprendre et de faire un effort. Merci Mathias.
    Pour les autres, ils préparent déjà Noël, l’année 2021 : normal. Et pourtant, que se passera-t-il à Noël ? Allons-nous à nouveau nous gaver comme des oies ? Consommer à outrance ? J’espère qu’il en sera ainsi pour le Livre, cette valeur refuge qui est un produit si particulier par rapport à tant d’autres biens de consommation.
    Cependant, certains éditeurs devraient réfléchir un tout petit peu plus à ce qu’ils font et vont faire au lieu de recommencer à faire ce qu’ils savent le mieux faire : vendre des livres comme des produits manufacturés, en masse, avec toujours et encore plus de nouveautés.
    Moi, j’aurais rêvé d’une année blanche : allez, pour 2021, on ne réédite que des classiques et des livres épuisés, on ne remet en avant que le fonds. On prend le temps et on (re)découvre des livres qui n’ont pas eu le temps d’exister. On peut toujours rêver…
    Longue vie à La Volte !

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